my sweet untittled-to-be

Online Weirdo ; Born in Chaos ; Pixel Frau ; Cyber Psycho ;

30 janvier 2006

instantané imaginaire #1

— Hey bloody bastard !
— What the hell ?
— I'm getting addicted to your cat.

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28 janvier 2006

L'allumoir

A première vue, c’est un briquet normal. De la marque BIC, mesurant l’équivalent de la taille de son médius. Dessus, il y a une photographie d’un temple grec –elle ne saurais pas dire lequel … le Parthénon ?- et l’image est un peu éraflée en bas. Il n’a rien de remarquable, le système pour l’allumer et des plus communs ; pourtant elle a du mal à s’en séparer. Elle saisit tous les prétextes pour s’en servir, s’allume une, puis deux, puis trois cigarettes avec alors qu’elle ne fume pas d’habitude. C’est idiot, mais ce n’est plus un briquet ; c’est un visage, une voix. Elle le sort de sa poche, le tourne, le retourne, le range. Elle redoute de le perdre. C’est pourtant un objet banal.

Elle ne le rendra pas. Il ne manque à personne. Elle se souvient d’un ours en peluche égaré, et de ce lieu magique « les objets trouvés » où elle le retrouverait. Puis, elle sort le briquet, le considère d’un œil désolé. Elle devrait le rendre, de toute façon, elle ne croit pas au mythe qu’elle a bâtit autour de lui. Et pourtant, elle a l’impression qu’elle aussi on l’a oubliée, et qu’elle a rejoint son ours en peluche dans ce pays où les jouets abandonnés attendent éternellement qu’on vienne les chercher.

signature233

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27 janvier 2006

Il était une fois une poule molle qui était prof d'anglais ... et deux élèves qui voulaient pas travailler (coopération avec C)

Amours Fantastiques

Le bonheur est une pluie d'astéroïdes
Planquée au fin fond d'une galaxie nébuleuse
Pleine de Chantilly glucoïde
Et de noix de pécan graveleuses

Viens, petite muse boudeuse
Égarer tes menus pieds dans mon antre glacée
Où cette avalanche doucereuse
T'enfermera dans un linceul sucré

Nous sautelutinerons en chœur
Sous la pluie battante des comètes marieuses
Et nous gagnerons les hauteurs
D'une cosmique jouissance paresseuse

Ma bouche collée contre les moiteurs
De ton joli bouton de rose
Je débraillerais avec ardeur
Ta fausse pudeur pour que tu oses

Puis tu te rouleras en boule
Tu t'agglutineras contre mon corps en sueur
Et tu dormiras tout ton soûl
Tandis que je revivrais nos ébats salvateurs


merkura & mousti*****

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26 janvier 2006

ayeeeuh

pillule_1
(Pardonnez-moi cette icône léchée pour adulescents hémoglobinomane)

Excoriation

La terre se couvre d'hématomes
Dans le couchant
Vaste bouquet d'erratums
Sanguinolent

À la lueur des écorchures
De la nuit brune
J'irais cueillir les épluchures
De peau de Lune

Je te hais comme une inconstante
Mon ecchymose
Recrache mon cœur de débutante
Et puis explose

signature32

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21 janvier 2006

NON-SENS (et j'étais sobre)

sigma1
C’est l’histoire de l’héroïne d’un Harlequin qui veut s’échapper. Elle a un nom à coucher dehors et elle est dactylo. Mais au fond d’elle quelque chose refuse le beau et riche héritier ténébreux qu’elle va rencontrer et qui va la faire succomber grâce à sa troublante Jaguar vert-émeraude.

Patricia Froggy-ribbit-ribbit pensait à l’Antarctique. Ça la prenait souvent en fait. Le soir surtout. Quand elle n’entendait plus le bruit des machines à écrire, quand elle se trouvait seule face à son papier-peint Art-Nouveau et sa copie des Nymphéas dans son petit vingt mètres si désespérément carré. Elle aurait bien aimé ressembler à Ma sorcière bien aimée, où à n’importe quelle autre héroïne de son temps —Madame Pierrafeu ou Betty Boop par exemple. Mais bon, en ce moment elle ne pensait pas à ce qu’elle voulait être, elle pensait à l’Antarctique et à tout son folklore de neige, de glace, à perte de vue. Elle venait d’exister, dix lignes plus haut sur une feuille format A4, Police Times, Taille 12, alignement justifié …onze lignes maintenant. Elle avait un poisson rouge nommé Wanda, elle l’avait vu naître. Dans son enfance, elle avait peut-être habité le Connecticut ou l’Australie, elle ne savait pas très bien, elle aurait bien aimé être née en Sibérie, en Alaska, au Groenland, bref, n’importe où qui ressemble un tant soit peu à l’Antarctique. Elle avait un joli miroir. Elle aimait bien se regarder et réciter à voix haute :
— J’aime bien ma silhouette liane, ma poitrine généreuse et mes yeux bleus. Ma peau cuivrée trahit mes origines italiennes mais j’ai été élevée ici, à Londres. Mes cheveux sont « blond-vénitien » normal pour une italienne. Je ne suis qu’une simple dactylo. Je me sens laide, oh tellement laide, ma vie est ratée, je cherche l’amour, j’ai envie d’être en Antarctique, enveloppée dans une peau d’ours blanc. Mon patron conduit une Jaguar vert-émeraude, il est brun, grand, avec une mâchoire carrée, un visage dur mais des yeux incroyablement clairs. Il est sortit avec toutes mes collègues. C’est sûr il va me faire des avances. Je ne suis pas amoureuse de lui. Pourtant, c’est vrai il me trouble. Sa Jaguar verte se reflète dans ses yeux clairs. Sa mâchoire suggère un caractère puissant, il doit être Taureau, comme Wanda.
Elle s’approche encore du miroir. Elle tient un tube de rouge à lèvre dans sa main, sa couleur met en valeur ses lèvres pulpeuses, un peu comme celle de cette actrice française, B. B. qui s’est mariée avec un ________ , celle qui a montré ses fesses dans Le Mépris. Elle marque ANTARCTIQUE. Elle répète le mot plusieurs fois. Mais de toute façon ça ne va pas. Elle ferme les yeux, imagine un appareil photo magique.
CLIC CLIC CLIC TE VOILÀ EN ANTARCTIQUE.
Elle aime bien les appareils photo avec des gros objectifs. Elle aime bien aussi les panneaux lumineux dans le métro. On appuie sur un bouton, n’importe quelle station, et le trajet s’allume. Elle aime bien aussi Pete Doherty, même si elle milite contre la drogue. Sa sœur prenait de la drogue. Maintenant elle est … (elle hésite, elle a l’embarras du choix, un peu comme au super-marché) … à l’hôpital psychiatrique. Sa mère prenait de la drogue. Elle est ... (hésitation) … morte d’overdose. Son père prenait de la drogue. Il a … (un temps) … fait le coup de Jimmy Hendrix, sauf qu’il ne savait pas jouer de la guitare avec les dents, alors forcément, c’était moins classe. Non. En fait elle était fille unique, en fait son père ne l’avait jamais reconnue, et sa mère était toujours vivante, au fin fond de l’Oklahoma, avec une permanente ratée et des robes vulgaires en tissu synthétique, tout les samedis, son esthéticienne venait lui enlever les poils des oreilles. Non, c’était encore pire. Elle avait été fabriquée en laboratoire. Ses parents étaient deux chromosomes made in éprouvettes, il s’appelaient X et Y. Elle éclata en sanglot.
— NOOOON !
Il fallait qu’elle se remette les idées en place. Si elle continuait, elle allait devenir schizophrène, ou pire, célibataire.
— L'anomie (du grec an- : absence de, et nomos : nom, loi, ordre, structure) est l'état d'une société caractérisée par une désintégration des normes qui règlent la conduite des hommes et assurent l'ordre social. L’anomie c’est le chaos social. Je doit être une anomie. Est-ce qu’on peut dire je suis une anomie ? Non, on doit dire anome, comme dans mélanome. Je suis une anome. Je suis un électron bombardé de protons. IL FAUT QUE J’AILLE TRAVAILLER. Sinon, sinon je deviendrais une anome. Et je ne pourrais jamais m’asseoir dans la Jaguar vert-émeraude de mon patron et résister à son charme irrésistible.

Elle met son tailleur qui met en valeur sa silhouette liane de femme volontaire, dynamique. Elle va montrer à son patron qu’elle est la meilleure dactylo de toute l’entreprise. Elle va être promue dactylo en chef. Les tabloïds vont lui consacrer une page entière. Tout le monde se l’arrachera, on clouera une Remington sur sa tombe. Et un câble d’alimentation sortira de sa pierre tombale, et il plongera dans celle de son futur-mari. Et on leur consacrera des films : TRISTAN ET ISEULT RELOADED.

Quelqu’un sonne à la porte. Il était temps. Elle étouffe dans son vingt mètres si désespérément carré. C’est le paumé. Vous savez, ce garçon efflanqué aux os légèrement proéminents. Avec des boucles mordorées et des yeux noirs. Il a trouvé un chat dans la rue. C’est ce qu’il fait tout les jours. Et il cherche quelqu’un pour adopter le chat. Il en profite pour se faire adopter. Patricia se sent seule, au bord du célibat, alors elle l’héberge. Il joue de l’harmonica en dessous d’une potence et s’en va dans le soleil couchant du Far West en chantant Poor lonesome cowboy. Mais il n’a pas de cheval, il fait comme les Monthy Pythons, avec des noix de cocos. Il se présente après. Vladimir avec un W. Il vient d’Europe de l’est. Quand elle était petite, sa mère, Anna Markovna, allumait des bougies sous la photo de Staline. Et puis il aime bien les chats. Il est allé s’enchaîner à des poubelles comme les gens de Greenpeace pour protéger les chats errants. Le chat s’appèle Gricha Wladimirovitch, parce que W. le considère comme son propre fils. Patricia s’interroge sur la grammaire russe. Peut-on donner un patronyme à un animal ? Patricia accueille Gricha Wladimirovitch et lui fait de la bonne goulasch, pour ne pas le dépayser. Ensuite, elle voudrait prendre le S-Bahn de Berlin et elle ira à Alexander Platz parce que c’est le milieu de Berlin et que c’est moche, gris, déprimant ou alors, elle voudrait être en Antarctique. En fait, Vladimir s’écrit avec un W comme West, de Far West, mais il est plutôt moujik que cow-boy.

Il faut qu’elle se reprenne. Si elle continue, elle va devenir morne, ou pire, l’héroïne d’un film d’art et d’essai. Il faut qu’elle se concentre sur son métier de dactylo. Sur son patron qui va bientôt commencer à lui faire des avances qu’elle devra refuser avant de succomber au charmes du double pot d’échappement de sa Jaguar vert-émeraude.

On sonne à sa porte. Vladimir avec un W est torse nu dans la salle de bain. Il joue avec un canard en plastique jaune qui flotte dans une baignoire pleine d’eau chaude, à quarante degré Celsius ce qui fait en Farenheit …Gricha Wladimirovitch vient se frotter contre sa jambe. Elle frissonne. Il faut qu’elle aille ouvrir.
— Bonjour.
C’est son patron, Clark-Brian-Zane-Kyle Amberane. Elle fait semblant d’hésiter à le laisser entre.
— J’aime bien votre silhouette liane, commence-t-il, votre poitrine généreuse et vos yeux bleus. Votre peau cuivrée trahit vos origines italiennes mais on sent que vous avez été élevée ici, à Londres. Vos cheveux sont « blond-vénitien » normal pour une italienne. Vous n’êtes qu’une simple dactylo. Mais vous êtes belle, oh si belle, vous pensez que votre vie est ratée, vous cherchez l’amour, vous pensez trop souvent à l’Antarctique, c’est malsain. Je conduis une Jaguar vert-émeraude, je suis brun, grand, avec une mâchoire carrée, un visage dur mais des yeux incroyablement clairs. Je suis sorti avec toutes vos collègues. Vous dites ne pas être amoureuse de moi. Pourtant, c’est vrai je vous trouble. Ma Jaguar verte se reflète dans mes yeux clairs. Ma mâchoire suggère un caractère puissant, et en effet, je suis né sous le signe du Taureau, comme votre poisson, Wanda.
Patricia tourne la tête vers le bocal. Gricha Wladimirovitch regarde le poisson tourner.
— Vous aimez bien les chats ?
Nerveuse, elle répond :
— En lituanien, Patrica ça veut dire amie des chats, elle prend bien soin de rouler les r, Wladimir déteint sur elle, même dans ses accès de mythomanie.
— Patricia Frogy-ribbit-ribbit, vous êtes une femme fascinante, votre nom m’évoque la voix rauque des crapaud dans le soleil couchant. Un peu comme ma Jaguar vert-émeraude.
Patricia referme la porte.
— Appelez-moi Pat crie-t-elle à travers la paroi blindée.

Elle va    dans la salle de bain, ou W. chante une chanson sur l’Antarctique. Il s’est mis dans le bain maintenant. Et son pantalon de pyjama en flanelle grise flotte autour de lui. Elle le rejoint. Son tailleur ne supporte pas l’eau, sa permanente non-plus, tant pis.
— Pourquoi sommes-nous à Londres alors que j’ai des origines italienne et que vous venez de l’Europe de l’Est ?
W. ne répond pas tout de suite. Il regarde les ronds dans l’eau. Cette expression est apoétique en un sens, mais ils s’en fichent l’un comme l’autre. La poésie ce n’est pas une hyperbole, la poésie c’est pouvoir écrire rond dans un poème, sans se sentir malade après.
— Peut-être, dit-il, que c’est le seul moyen de s’enfuir de la caverne.
Il chante sa chanson sur l’Antarctique, elle se débarrasse de ses vêtements.
— On en Antarctique, dit-elle.
— Toi, moi, Wanda Patriciovitch (et tant pis si les matronymes, ça n’existe pas) et Gricha Wladimirovitch.
— Tu as les cheveux mordorés et des cernes violâtres. Tu ne t’es pas rasé ce matin et ton menton est bleu.
— Tu as des nervures sur les lèvres, un peu comme celles des feuilles de platane. Ta bouche tremble toujours quand tu réfléchis.
— Tu as des callosités sur les doigts.
— Tu fumes des maïs en cachette, et tu les cales derrière tes oreille sans lobes, comme celle des assassins.
— Tu as une cicatrice sur le sourcil. Petit, tu as fait croire à tes amis que c’était parce que l’ennemi américain avait bombardé alors que tu prenais le soleil à côté du samovar, sur la terrasse de ta datcha. Mais en fait, tu t’es juste pris le coin d’une porte.
— Le matin, quand tu fronces les sourcils, tu as un π qui se forme sur ton front.
Elle sort de sous la savonnette une petite bande de papier.
— Que j’aime à faire apprendre un nombre utile aux sages, déchiffre-t-elle, et le petit π s’affiche sur son front soucieux.
— 3,1415926535, renchérit-il.
— Le nombre π, c’est comme la Vérité. C’est presque une idée, au sens platonicien du terme, une idée pure
— … absconse (yeah). Oui, tu as raison, on suppose l’infinité chiffres qui suivent cette virgule, on peut en trouver beaucoup, mais on ne le saisira jamais entièrement. D’ailleurs, c’est un entier irrationnel. Le réel est-il rationnel ?
— Je me sens dans un état bizarre.
— Qu’est-ce qu’il t’arrive ?
— Je voudrais être en Antarctique.
— Je te comprend. Moi aussi, ça me manque souvent, plus que mes Carpates natales.
— J’ai toujours pensé qu’il y avait quelque chose de pourri dans le royaume du Danemark.
Elle reprend la savonnette, elle la laisse fondre et trace avec le bout qui reste des lettres décousues sur les carreaux de la salle de bain.
B E G O N E V I L E I N SE CT
[miroir] M A D A Y HT E B O T THG OU I
En bas, elle trace : M. SHELLEY et en dessous : ANTARCTIQUE
— Pourquoi tu aimes les miroir ?
— Parce que je m’appelle Patricia N. Froggy-ribbit-ribbit.
— N pour Narcisse ?
— Oui, mon ancêtre était la grenouille qui voulait se faire plus grosse que le bœuf, elle s’est noyée dans son reflet.
— Je croyais que tu étais une fille de chromosome …
— Je suis une fille de chromosome de grenouille.
— Génétiquement modifiés, non ?
— Sinon je coasserais.
— Essayons autre chose.
Il l’embrassa. Rien. Elle ne pris pas la forme de ses glorieux ancêtres.
— Ribbit-ribbit, minauda-t-elle.
Il l’embrassa à nouveau. Sa bouche avait le goût de l’odeur qu’on ajoute au gaz de cuisine, pas désagréable au fond. Il la voyait bien petite fille, avec des tresses blondes et des chaussures orthopédiques, comme dans les vieille réclames pour le chocolat Suchard.
— Elle était brune, fit remarquer Patricia.
— Qui ça ?
— La fille du chocolat Suchard.
— Mais je n'ai pas ...
— Tu l’as pensé, non ?
Il hoche la tête.
— Maintenant, à ton tour de me dire ton nom entier, dit-elle.
— Vladimir avec un W Odysseusovitch Sans-titre.
— Comme … Sans-titre ?
— Au menton céruléen, oui.
— Je ne m’attendais pas à de l’intertextualité. Comment … ?
Il élude la question.
— Il y a une brèche dans le carreau.
— Impossible.
— Ça signifie que ?
— Peut-être.
— Et si le Monde était amené à disparaître après ça ?
Il n’est pas contraire à la raison de préférer la destruction du monde entier à une égratignure de mon doigt.
— Dans ce cas … après toi.
La brèche s’agrandit, on pu sentir des effluves d’Antarctique, de désert glacé, d’enfer glacé. Il s’y engouffre le premier. Elle le suit. Plus rien. Ils sont passé de l’autre côté du carreau. Ils se sont échappés de la caverne. Les lettres de savons scintillent dans l’obscurité, quelqu’un a éteint les lumière avant de partir.
BEGONE VILE INSECT ! … BE GONE EVIL E IN SECT/BEG ONE VILE INSECT
I OUGHT TO BE THY ADAM …et plus bas en petite lettres : I am rather the fallen angel

Mais il fait froid en Antarctique a dis Lucifer (≠Satan).

Références :
Aragon
Aubert
Bardot
Bérénice
Betty Boop
Bradbury
Brühl
Ces bons vieux grecs
DADA
Doherty
Durkheim
Fersen
Gainsbourg
Godard
Grossman
Guimard
Harlequin
Hegel
Hendrix
Holiday
Homère (sa mère)
Humes
Lafontaine
Le Monde de Sophie
Les Huit Scaroles
Les Monthy Python
Les Nuls
La famille Pierrafeu
La nounou d’Enfer
Lucky Luke
Ma sorcière bien aimée
Matrix reloaded
Me, Myself and I
Mme U.
Monet
Nietzsche
Ovide
Platon
Salinger
Shelley
Shakespeare
Staline
Stoker
Tristan et Iseult
Tzara
Un poisson nommé Wanda
Wikipédia
X
XX
XY
XXY
Zarathoustra

Ainsi que :

Le thaumaturge amateur
Qui se nicha dans mon cœur
Ce démiurge prestidigitateur
Si nécessairement menteur

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18 janvier 2006

Poésie Sadique

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Tes viscères sur le plancher

Laisse-moi décoller
Laisse-moi te respirer
Laisse-moi admirer
Ton corps qui gît là éventré
J’aime voir le lino maculé
De ton sang qui dégouline
Je le laverai plus jamais
J’aime trop ton hémoglobine

Tes viscères sur le plancher
Me font complèt’ment triper
Voir ton sang dégouliner
Et tes boyaux se déverser
Laisse moi les aspirer
Et j’me sentirai inspirée
Quand tu auras expiré
Alors je pourrai respirer

Je voudrai te débiter
Mais pourquoi tu brailles autant ?
J’prépare un couteau d’boucher
Mais tu d’viens incohérent !
Merde c’est vrai t’as plus de langue
J’te la rend pour que tu murmure
Des mots doux d’charogne exsangue
Avant de la clouer au mur

Tes viscères sur le plancher
Me font complèt’ment triper
J ‘aime à les voir dégorger
Pendant qu’j’fini d’t’égorger
Déjà tu pousses ton dernier crachat
Mais tu me manqu’ras mêm’ pas
Je me passerai de toi
Et je snifferai du Smecta

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17 janvier 2006

beuh

Je ne suis moi-même, comme je le disais à C...... en cours, qu'une suicidaire de merde. Même pas foutue de trouver autre chose qu'un rasoir jettable pour me taillader les veines ... effet épluche-légume garanti. C'est pourquoi je dois confesser mon incultitude totale en la matière. Cette citation est donc un clin d'œil à quelques personnes de ma connaissance, avec qui je compatis grandement à présent et que je regrette de ne pouvoir laisser mourir, malgré leurs désirs. Je suis une dictateuse et je ne veux pas que vous soyiez tout mourrus ou pire, que vous vous ratiez ; donc je ne vous laisserai pas faire, désolée :)

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Un plaisir si simple

« Les homosexuels, dit un traité de psychiatrie, se suicident souvent. « Souvent » m'enchante. Imaginons donc de longs garçons, fluets, aux joues trop pâles; incapables de franchir le seuil de l'autre sexe ils ne cessent, leur vie durant, d'entrer dans la mort pour en sortir aussitôt en faisant claquer la porte à grand fracas. Ce qui ne manque pas d'importuner les voisins. A défaut de noces avec le bon sexe, ils se marient avec la mort. L'autre côté à défaut de l'autre sexe. Mais ils sont tout aussi incapables de mourir tout à fait que de vivre vraiment. A ce jeu risible, les homosexuels et le suicide se déconsidèrent l'un l'autre.
Parlons un peu en faveur du suicide. Non pas pour son droit, sur lequel trop de gens ont dit tant de belles choses. Mais contre la mesquine réalité qu'on lui fait. Contre les humiliations, les hypocrisies, les démarches louches auxquelles on le contraint : rassembler à la sauvette des boîtes de cachets, trouver un bon solide rasoir d'autrefois, lécher la vitrine d'un armurier, entrer en essayant de se composer une mine. Alors que je pense qu'on aurait droit, non pas à une considération empressée qui serait plutôt gênante, mais à une attention grave et assez compétente. On devrait pouvoir discuter de la qualité de chaque arme, de ses effets, on aimerait que le vendeur soit expérimenté, souriant, encourageant, mais réservé, point trop bavard qu'il comprenne bien qu'il a affaire à une personne de bonne volonté, mais maladroite, car elle n'a jamais eu l'idée de se servir d'une machine à tirer contre un autre. On aimerait que son zèle ne l'empêche pas de vous conseiller d'autres moyens qui conviendraient peut-être mieux à votre manière d'être, à votre complexion. Ce genre de commerce et d'entretien vaudrait mille fois mieux que la discussion, autour du cadavre, avec les employés des pompes funèbres.
Des gens que nous ne connaissons pas, qui ne nous connaissent pas ont fait en sorte qu’un jour nous nous sommes mis à exister. Ils ont feint de croire et se sont sans doute sincèrement imaginés qu’il nous attendaient. En tout cas, ils ont tout préparé, avec beaucoup de soin et sans doute une solennité un peu empruntée, notre entrée dans le « monde ». Il n’est pas admissible qu’on ne nous permette pas de préparer nous-mêmes avec tout le soin, l’intensité et l’ardeur que nous souhaitons, et les quelques complicités dont nous avons envie, ce quelque chose auquel nous pensons depuis longtemps, dont nous avons formé le projet depuis, un soir d’été peut-être, notre enfance. Il paraît que la vie est fragile dans l’espèce humaine, et la mort certaine. Pourquoi faut-il qu’on nous fasse de cette certitude un hasard, qui prend par son caractère soudain ou inévitable l’allure d’une punition ?
M’agacent un peu les sagesses qui promettent d’apprendre à mourir et les philosophies qui disent comment y penser. Me laisse indifférent ce qui est censé nous y « préparer ». Il faut la préparer, l’arranger, la fabriquer de pièce à pièce, la calculer, au mieux en trouver les ingrédients, imaginer, choisir, prendre conseil, la travailler pour en former une œuvre sans spectateur, qui n’existe que pour moi seul, juste le temps que dure la plus petite seconde de la vie. Ceux qui survivent, je sais bien, ne voient autour du suicide que des traces misérables, de la solitude, de la maladresse, des appels sans réponse. Ils ne peuvent pas ne pas se poser la question du « pourquoi ». Question qui devrait être la seule qu’on ne pose pas à propos du suicide.
« Pourquoi ? Mais tout simplement parce que je l’ai voulu. »C’est vrai que le suicide laisse des marques décourageantes. Mais la faute à qui ? Croyez-vous que ce soit tellement drôle d’avoir à se pendre dans sa cuisine et de tirer une langue toute bleuie ? Ou de s’enfermer dans la salle de bain pour ouvrir le gaz ? Ou de laisser un petit morceau de cervelle sur le trottoir, que les chiens viendront renifler ? Je crois à la spirale du suicide : je suis sûr que tant de gens se sentent déprimés à l’idée de toutes ces mesquineries auxquelles on condamne un candidat au suicide (et je ne parle pas des suicidés eux-mêmes, avec la police, les voitures de pompiers, la concierge, l’autopsie, que sais-je ?) que beaucoup préfèrent se tuer que de continuer à y penser.    
Conseils aux philanthropes. Si vous voulez vraiment que le nombre des suicides diminue, faites en sorte qu'il n'y ait plus que des gens qui se tuent par une volonté réfléchie, tranquille, libérée d'incertitude. Il ne faut pas abandonner le suicide à des gens malheureux qui risquent de le gâcher et d'en faire une misère. De toute façon, il y a beaucoup moins de gens heureux que malheureux.
Il m'a toujours paru étrange qu'on dise : la mort, il n'y a pas à s'en inquiéter puisque entre la vie et le néant, elle n'est en elle-même, en somme, rien. Mais est-ce là le peu qui mérite d'être joué ? En faire quelque chose, et quelque chose de bien.
Nous avons sans doute manqué bien des plaisirs, nous en avons eu des médiocres, nous en avons laissé échapper par distraction ou paresse, manque d'imagination, par défaut d'acharnement aussi nous en avons eu tellement qui étaient tout à fait monotones. On a la chance d'avoir à notre disposition ce moment absolument singulier : de tous il est celui qui mérite le plus qu'on s'en soucie : non point pour s'inquiéter ou pour se rassurer mais pour en faire un plaisir démesuré, dont la préparation patiente, sans répit, sans fatalité non plus, éclairera toute la vie. Le suicide fête, le suicide orgie ne sont que des formules, et il y a d'autres formes plus savantes et plus réfléchies.
Quand je vois les funeral homes dans les rues des villes américaines, je ne m’afflige pas seulement de leur épouvantable banalité, comme si la mort devait éteindre tout effort d’imagination, mais je regrette que ça ne serve qu’à des cadavres et qu’à des familles heureuses d’être encore vivantes. Que n’y a-t-il, pour ceux qui ont peu de moyens, ou qu’une trop longue réflexion a soudain lassés au point d’accepter de s’en remettre à des artifices tout préparés, de ces labyrinthes fantastiques comme les Japonais en ont aménagés pour le sexe et qu’ils appèlent « Love Hotel » ? Mais il est vrai que, sur le suicide, ils s’y connaissent mieux que nous.
S'il vous est donné d'aller au Chantilly de Tokyo, vous comprendrez ce que j'ai voulu dire. On y pressent la possibilité des lieux sans géographie ni calendrier où on entrerait pour y chercher, au milieu des décors les plus absurdes avec des partenaires sans nom, des occasions de mourir libres de toute identité : on y aurait un temps indéterminé, des secondes, des semaines, des mois peut-être, jusqu'à ce que se présente avec une évidence impérieuse l'occasion dont on reconnaîtrait aussitôt qu'on ne peut la manquer : elle aurait la forme sans forme du plaisir, absolument simple. »

Michel Foucault, Un Plaisir si simple, Le Gai Pied, n°1, 1er avril 1979


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15 janvier 2006

melancholia

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Sept heures du matin. London Calling explose mes tympans, suivit du coq mit clairon de mon portable. Mwarf. J'ai encore rêvé de trucs pas nets cette nuit. Je devrais faire annalyser mes rêves, je suis sûre qu'on me trouverait toute sorte de tendances insoupçonnées. Si j'ai pas émergé dans vingt minutes, je suis en retard. Il faut que je prépare du café si je veux espèrer avoir raison de cette torpeur post-morphéique moite. Retour à la case spleen poisseux. Dehors il fait surement gris. J'ai quatre heures à peine de sommeil dans les dents. Le ciel est blême, ça me donne envie d'éclater en sanglot. Je pense à la station Ternes. Je pense à l'exposition DADA. Je pense au trajet New York-JFK/Paris-CDG. Je pense à des tartelettes à la fraise. Je pense à un cendrier volé. Je pense à un pull troué. Je pense à Nietzsche. Pour ne pas voir les masques mortuaires des gens dans le métro, j'actionne mon petit projecteur intérieur ...

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Voilà qui est mieux. Des joues de gosse avec une bouche boudeuse, des cheveux en désordre. Daniel Brühl, acteur allemand (Die fetten jahre sind vorbei, Goodbye Lenin ...). Un air de gamin, mélangé à celui d'un poussin mouillé, une pensée presque aussi agréable que celle d'une épaule chaude à embrasser le matin avant de se sortir du lit. Nation, déjà. Et puis après Cours de Vincennes. Je donnerais n'importe quoi pour aller au bahut en vélo. Je sort ma carte, un petit sourire au surveillant quand même (je vous laisse imaginer lequel ...) et puis je baisse les yeux et là je vois mes chaussures, et je me dit que quand même c'est cool de porter ça au pied, qu'elles sont vraiment jolies et que ya de quoi garder le sourire.

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post-scriptoum : but what the point of this post ? La futilité. Je suis follement amoureuse de mes chaussures, presque autant que de Daniel Brühl alors je m'exprime en conséquence

(so fucking) special thanks : my dearest friends who took this picture while I was asleep at Marion's. (after meku in the lavatories, meku asleep ... I love myself)

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11 janvier 2006

¡ Même pas mal !

Même pas mal !

Une mousson en plein moi-doute
Bouscule les écluses écloses
Qui giclent sur tes boucles
De dadais à dada sur les doses ;

La nuit est calamiteuse
Quand le pli plaisantin ploie,
Je veux être ta menteuse
Et dégringoler d'un toit ;

Et mes pingouins sarabandent
Sur ton épouvantail,
Va donc, tapir de contrebande !
Tocquard ! Gredin ! Canaille !

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10 janvier 2006

Le dernier chapitre

g1400803Michael, lui, garda la foi un peu longtemps, même si les autres se moquaient de lui. Il était en compagnie de Wendy lorsque Peter vint la trouver à la fin de la première année. Elle s’envola avec Peter dans la robe même qu’elle s’était tissée de feuilles et de baies au Pays de Nulle Part, et sa seule crainte était qu’il remarquât combien elle avait raccourci. Mais il ne s’aperçut de rien ; il avait trop de choses à raconter.
Elle espérait qu’ils évoqueraient ensemble leurs souvenirs, mais de nouvelles aventures avaient chassé les anciennes de l’esprit de Pete.
— Qui est le capitaine Crochet, demanda-t-il avec intérêt lorsqu’elle lui parla de leur grand ennemi ?
— Tu ne te rappelles pas, dit-elle, stupéfaite, comment tu l’as tué et nous a sauvé la vie ?
— Je les ai tous oublié après les avoir tués, répondit-il avec insouciance.
Comme elle exprimait l’espoir incertain que Tinn-Tamm serait peut-être heureuse de la voir, il demanda :
— Qui est Tinn-Tamm ?
— Oh, Peter, répliqua-t-elle, choquée.
En dépit des explications de Wendy, il fut, encore une fois, incapable de se souvenir :
— Il y a tellement de fées, dit-il. C’est bien possible qu’elle n’existe plus.
Peut-être avait-il raison, car les fées ne vivent pas longtemps ; mais elles sont si petites qu’un court laps de temps leur semble très long.
Wendy découvrit avec tristesse que Peter ne faisais pas de différence entre l’année écoulée et la journée de la veille ; l’attente, lui avait, à elle, parut si longue ! Mais il était toujours aussi captivant et tout deux passèrent une délicieuse semaine de nettoyage de printemps dans la petite cabane au sommet des arbres.
L’année suivante, Peter ne vint pas. Elle l’attendit dans une nouvelle robe, car elle ne pouvait tout bonnement plus mettre l’ancienne, mais il resta invisible.
— Il est peut-être malade, suggéra Michael.
— Tu sais bien qu’il n’est jamais malade.
Michael vint vers elle et lui chuchota à l’oreille en frissonnant :
—Peut-être qu’il n’existe pas, Wendy !
Et Wendy aurait fondu en larmes si Michael n’avait pas déjà été en train de pleurer.
Peter réapparut pour le nettoyage de printemps suivant ; et, fait étrange, il n’eut pas un instant conscience d’avoir manqué une année.
Ce fut la dernière fois que le vit Wendy petite fille. Durant quelques temps, elle s’efforça de ne pas trop souffrir à cause de lui et se considéra comme infidèle lorsqu’elle remporta le prix d’excellence de sa classe. Puis les années passèrent sans jamais ramener le volage Peter.

***

Lorsqu’ils se revirent, Wendy était mariée et Peter n’était plus pour elle qu’un petit tas de poussière dans le coffre où elle rangeait jadis ses jouets. Wendy était devenue une adulte. Ne la plaignez pas pour autant car elle appartenait à la race de celles qui ne demandent pas mieux que de grandir. Et, vieillissant de son plein gré, elle parvint à la condition de femme bien avant les autres filles de son âge.
De leur côté, tous les garçons étaient devenus des hommes faits et rangés ; il n’y a donc pas grand-chose à en dire. On peut voir n’importe quand les Jumeaux ou Lebec et Frison se rendre à leur bureau, portant chacun une serviette en cuir et un parapluie. Michael est mécanicien de locomotive, Flocon est mariée à une demoiselle titrée : et il est du coup devenu lord. Voyez-vous ce juge en perruque franchissant le portail de fer ? Il avait autrefois pour nom Laflûte. Et ce barbu incapable de raconter la moindre histoire à ses enfants s’appelait John dans sa jeunesse.
Wendy s’est mariée en robe blanche avec une ceinture rose. Il est étrange de penser que Peter n’a pas fait irruption dans l’église pour venir troubler la cérémonie.
Le années se sont écoulées et Wendy a eu une fille. Cela devrait s’écrire non à l’encre ordinaire mais en lettres d’or. On la baptisa Jane et elle eut toujours un regard curieusement inquisiteur, comme si dès son arrivée sur terre, mille questions lui trottaient dans la tête ; et lorsqu’elle fut assez grande pour les poser, la plupart concernaient Peter Pan. Elle adorait entendre parler de Peter et Wendy lui racontait tout ce dont elle pouvait se souvenir dans cette même nursery ou avait eu lieu l’envol légendaire. C’était maintenant la nursery de Jane car son père l’avait achetée au taux de trois pour cent à celui de Wendy qui n’a plus le moindre goût à monter les escaliers. Mme Darling, elle, est depuis longtemps morte est oubliée.

***

Il n’y a plus maintenant que deux lits dans la nursery, celui de Jane est celui de sa nurse, et il n’y a plus de niche car Nana est depuis longtemps passée de vie à trépas. Elle est morte de vieillesse et à la fin, elle était devenue insupportable à force de prétendre qu’elle seule était capable de s’occuper des enfants.
Une fois par semaine, la nurse de Jane avait sa soirée libre ; et c’était alors au tour de Wendy de mettre Jane au lit. Le moment était venu de raconter des histoires. C’est Jane qui a inventé de soulever son drap et d’en faire une tente par-dessus la tête de sa mère et la sienne ; après quoi, dans l’inquiétante pénombre, elle lui chuchote :
— Qu’est ce qu’on voit maintenant ?
— Je crois qu’on ne voit rien ce soir, répond Wendy, avec le sentiment que si Nana était là, elle s’opposerait formellement à la poursuite d’une telle conversation.
— Mais si, tu vois, réplique Jane, tu vois quand tu étais petite fille.
— Il y a si longtemps de cela, mon ange, dit Wendy. Mon dieu, comme les années s’envolent vite.
—Est-ce qu’elle s’envolent, demande l’enfant, fine mouche, comme tu volais quand tu étais petite fille ?
— Comme je volais ! Figure-toi, Jane, quelquefois je me demande si j’ai vraiment volé.
— Mais oui tu a volé.
— Ah ! Quel temps merveilleux quand j’en étais capable !
— Pourquoi tu ne peux plus voler aujourd’hui, maman ?
— Parce que je suis une grande personne, mon ange. Quand les gens deviennent grands, ils oublient comment on s’y prend.
— Pourquoi ils oublient ?
— Parce qu’ils ne sont plus gais, innocents et sans cœur. Seuls les gais, innocents et sans cœur savent voler.
— C’est qui, les gais, innocents et sans cœur ? Je voudrai bien, moi, être gaie innocente et sans cœur…
Ou alors Wendy admet qu’elle a vu quelque chose :
— Je crois, dit-elle, que c’est dans la nursery.
— Je le crois aussi, dit Jane. Continue.
Les voilà maintenant embarquées dans la grande aventure de la nuit où Peter arriva en volant à la recherche de son ombre.
— Le jeune sot, dit Wendy, voulait la recoller avec du savon et, comme il n’y arrivait pas, il s’est mis à pleurer ; cela m’a réveillée et je la lui ai recousue.
— Tu as oublié un passage, l’interrompt Jane, qui connaît maintenant mieux l’histoire que sa mère. Quand tu l’as vu assis par terre en train de pleurer, qu’est-ce que tu as dit ?
— Je me suis assise sur mon lit et je lui ai demandé : « Mon petit garçon, pourquoi pleures-tu ? »
— Oui, oui, c’est ça, approuve Jane avec un grand soupir d’aise.
— Et alors il nous a apprit à voler et nous a tous emmenés au Pays de Nulle Part, avec les fées, les pirates, les Peaux-Rouges, le lagon des Sirènes, la maison souterraine et la petite cabane.
— Oh oui ! Et qu’est-ce que tu as aimé le mieux ?
— Je crois que ce que j’ai préféré, c’était la maison souterraine.
— Oui, moi aussi. Et la dernière chose que t’as dite Peter, c’était quoi ?
— La dernière chose qu’il m’a dite, c’est : « Ne cesse jamais de m’attendre et une nuit tu m’entendras chanter. »
— Oui.
— Mais hélas, il m’a oubliée, reprit Wendy avec un sourire — elle était vraiment devenue une grande personne.
— Et comment il chantait, Peter ? lui demanda Jane un soir.
— C’était un peu comme ça, répondit Wendy en essayant d’imiter le hurlement joyeux de Peter.
— Non, pas comme ça, dit gravement Jane, c’était comme ça.
Et elle reproduisit son appel infiniment mieux que sa mère. Wendy resta interdite.
— Mais, ma chérie, comment peux-tu savoir ?
— Je l’entend souvent, quand je dors, dit Jane.
— Ah oui, bien des filles l’entendent quand elles dorment, mais je suis la seule à l’avoir entendur éveillée.
— Tu en as de la chance, dit Jane.

***

Et puis une nuit survint la tragédie. C’était au printemps ; l’histoire avait été racontée pour la nuit et Jane dormait maintenant dans son lit. Wendy était assise par terre, tout près du feu, pour mieux voir son ouvrage car il n’y avait pas d’autre lumière dans la nursery. Et tandis qu’elle était là à travailler, elle entendit un étrange hurlement. Puis la fenêtre s’ouvrit à la volée comme l’autre fois et Peter se posa sur le sol.
Il n’avait pas changé le moins du monde et Wendy vit qu’il avait toujours ses dents de lait.
C’était encore un petit garçon et elle était une femme faite. Accroupie près du feu, elle n’osait pas bouger ; elle se sentait à la fois désarmée et coupable : une grande personne.
— Bonjour, Wendy, dit-il, sans remarquer la différence, car il ne pensait guère qu’à lui-même et, à la lumière incertaine du feu, sa robe blanche pouvait passer pour la chemise de nuit dans laquelle il l’avait vue pour la dernière fois.
— Bonjour, Peter, répondit-elle faiblement, se faisant aussi petite que possible.
Une voix au fond d’elle-même lui criait : « Femme, femme, laisse-moi aller … »
— Bonjour. Où est John ? demanda-t-il découvrant soudain l’absence du troisième lit.
— John n’est plus ici, dit-elle, le souffle court.
— Et Michael, il dort ? demanda-t-il avec un coup d’œil distrait vers Jane.
— Oui, répondit-elle.
Et elle se sentit aussi coupable à l’égard de Jane qu’à l’égard de Peter.
— Ce n’est pas Michael, dit-elle vivement, de peur de s’attirer le châtiment du ciel.
Peter se pencha sur le lit :
— C’est qui ? Un nouvel enfant ?
— Oui.
— Garçon ou fille ?
— Fille.
Cette fois, il allait sûrement comprendre ; mais non, la vérité ne l’effleurait même pas.
— Peter, balbutia-t-elle, tu penses que je vais m’envoler avec toi ?
— Bien sûr, c’est pour ça que je suis venu.
Puis il ajouta d’un ton un peu sec :
— Tu as oublié que c’était l’époque du nettoyage de printemps ?
Elle savait qu’il était inutile de lui expliquer que bien des époques de nettoyage de printemps s’étaient écoulées.
— Je ne peux pas venir, dit-elle, contrite. Je ne sais plus voler.
— Je te donnerai des leçons, ça reviendra vite.
— Oh, Peter, ne gaspille pas de poussière de fées pour moi.
Elle s’était levée et, pour la première fois, la crainte étreignit Peter.
— Qu’est-ce qui est arrivé ? s’écria-t-il.
— Je vais allumer, dit-elle, et tu te rendras compte toi-même.
Pour l’unique fois de sa vie, à ma connaissance, Peter eut peur.
— Non, n’allume pas ! s’écria-t-il.
Elle laissa ses doigts errer dans les cheveux du malheureux enfant. Elle n’était plus une petite fille au cœur ; elle était un mère de famille souriante, mais au sourire brillant de larmes.
Alors, elle alluma la lumière et Peter, la voyant, poussa un cri de douleur ; et lorsque que la grande et belle créature se pencha sur lui pour le prendre dans ses bras, il eut un violent mouvement de recul.
— Mais qu’est-ce qui est arrivé ? répéta-t-il.
— Je suis vieille Peter. J’ai bien plus de vingt ans. Il y a longtemps que j’ai cessé de grandir.
— Tu m’avais pourtant promis…
— Je n’y pouvais rien. Je suis une femme mariée, Peter.
— Non, c’est pas vrai !
— Si, et la petite fille que tu vois dans mon lit ce lit est la mienne.
— Non !
Mais il se dit qu’en effet, c’était la fille de Wendy ; et il fit un pas vers l’enfant endormi, le poignard levé. Naturellement, il ne la frappa pas. Tout au contraire, il s’effondra sur le sol et se mit à sangloter. Wendy ne savait comment le consoler, elle qui, jadis, y parvenait si aisément. Elle n’était plus maintenant qu’une femme comme les autres et elle se précipita hors de la pièce pour réfléchir.
Peter continua à pleurer et bientôt ses sanglots éveillèrent Jane. Elle se mit sur son séant et parut très intéressée.
— Mon petit garçon, pourquoi pleures-tu ? demanda-t-elle.
Peter se releva et lui fit une révérence qu’elle lui rendit de son lit.
— Bonjour, dit-il.
— Bonjour, dit Jane.
— Je m’appelle Peter Pan.
— Oui, je sais.
— Je suis venu chercher ma mère, expliqua-t-il, pour l’emmener au Pays de Nulle Part.
— Oui, je sais, dit Jane. Je t’attendais.
Lorsque Wendy revint, pétrie de timidité, elle trouva Peter perché sur le montant du lit et poussant son hurlement triomphal, tandis que Jane en chemise de nuit voletait autour de la pièce, perdue dans une extase solennelle.
— C’est ma mère, expliqua Peter.
Jane redescendit et vint se placer près de lui avec cette expression sur le visage que Peter aimait tant découvrir sur les traits des femme qui le regardaient.
— Il a tellement besoin d’une mère, dit Jane.
— Oui, je sais, reconnut Wendy, mélancolique. Personne ne le sait aussi bien que moi.
— Au revoir, dit Peter à Wendy.
Et il s’éleva en l’air tandis que Jane, dénuée de toute honte, en faisait autant. C’était déjà pour elle le mode de déplacement le plus facile.
Wendy se précipita vers la fenêtre ;
— Non, non ! cria-t-elle.
— C’est juste pour le nettoyage de printemps, dit Jane. Il veut que je fasse toujours son nettoyage de printemps.
— Si seulement je pouvais venir avec vous, soupira Wendy.
— Tu vois bien que tu ne sais plus voler, dit Jane.
Wendy finit, bien sûr, par les laisser s’envoler ensemble.
Telle est la dernière vision de Wendy qu’il nous reste : penchée à la fenêtre, elle suit des yeux les enfants qui s’éloignent dans les profondeurs du ciel, jusqu’à ce qu’ils se confondent avec les étoiles.
Si vous regardez bien Wendy, vous pouvez voir que sa chevelure à commencé à blanchir et sa silhouette à s’amenuiser, car tout cela se passait il y a bien longtemps. Jane est devenue une adulte comme les autres avec une fille nommée Margaret ; et chaque fois que revient le temps du nettoyage de printemps, excepté lorsqu’il oublie, Peter vient chercher Margaret et l’emmène au Pays de Nulle Part où elle lui raconte des histoires sur lui-même qu’il écoute avec avidité. Lorsque Margaret aura grandi, elle aura une fille qui deviendra ainsi à son tour la mère de Peter et ainsi se suivront les générations tant que les enfants seront gais, innocents et sans cœur.

THE END

James Mattew Barrie—Peter Pan traduit de l'anglais par Henri Robillot

Posté par merkura à 20:54 - morceaux choisis - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]