my sweet untittled-to-be

Online Weirdo ; Born in Chaos ; Pixel Frau ; Cyber Psycho ;

21 mai 2006

Placebo

mokamolko2

36 Degrees

We were tight, but it falls apart as silver turns to blue.
Waxing with a candlelight, and burning just for you.
Allocate your sentiment, and stick it in a box.
I've never been an extrovert, but i'm still breathing.

Someone tried to do me ache (it's what I'm afraid of)

With hindsight, I was more than blind, lost without a clue.
Thought I was getting carat gold, and what I got was you.
Stuck inside the circumstances, lonely at the top.
I've always been an introvert
happily bleeding.

Someone tried to do me ache (it's what i'm afraid of)

4 7 2 3 9 8 5 - I gotta breathe to stay alive,
and 1 4 2 9 7 8 - feels like I'm gonna suffocate.
14 16 22 - this skin that turns to blister blue.
Shoulders toes and knees, I'm 36 degrees,
shoulders toes and knees,I'm 36 degrees,
shoulder toes and knees, I'm 36 degrees,
shoulders toes and knees, I'm 36 degrees.

C'était d'abord Brian Molko, icône androgyne à la voix fragile, qui ne produit maintenant que des cris vides. On rature les deux derniers albums et on recommence : rien de très novateur. Pourtant, il y a quelque chose, là, quand sa voix se brise à ce moment-là qui me donne envie de fondre en larmes. Ces mots qui ne veulent rien dire et qui quelque fois produisent une petite étincelle de vérité. Change of season love can die. Voilà, c'étaient mes treize ans, mes quatorze ans, mes quinze ans, c'était le son poussé à fond pour s'abymer dans la saturation sonore, c'était être en proie à la Teenage Angst, c'était fredonner Woman, man or modern monkey, just another happy junky et c'est toujours, réecouter Commercial for Levi, Slacker Bitch, la reprise de Bigmouth strikes again, 36 degrees (We were tight, but i falls apart as silver turn to blue), et puis même Every you every me. Tant pis. On aura fait un bout de chemin ensemble. Ces sons-là ne seront plus que des boîtes à souvenirs.

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16 mars 2006

rimbeuuuuuh

rimbaud

Mes petites amoureuses

Un hydrolat lacrymal lave
Les cieux vert-chou :
Sous l'arbre tendronnier qui bave,
Vos caoutchoucs

Blancs de lunes particulières
Aux pialats ronds,
Entrechoquez vos genouillères,
Mes laiderons !

Nous nous aimions à cette époque,
Bleu laideron !
On mangeait des oeufs à la coque
Et du mouron !

Un soir, tu me sacras poète,
Blond laideron :
Descends ici, que je te fouette
En mon giron ;

J'ai dégueulé ta bandoline,
Noir laideron ;
Tu couperais ma mandoline
Au fil du front.

Pouah ! mes salives desséchées,
Roux laideron,
Infectent encor les tranchées
De ton sein rond !

Ô mes petites amoureuses,
Que je vous hais !
Plaquez de fouffes douloureuses
Vos tétons laids !

Piétinez mes vieilles terrines
De sentiment ;
- Hop donc ! soyez-moi ballerines
Pour un moment !...

Vos omoplates se déboîtent,
Ô mes amours !
Une étoile à vos reins qui boitent
Tournez vos tours !

Et c'est pourtant pour ces éclanches
Que j'ai rimé !
Je voudrais vous casser les hanches
D'avoir aimé !

Fade amas d'étoiles ratées,
Comblez les coins !
- Vous crèverez en Dieu, bâtées
D'ignobles soins !

Sous les lunes particulières
Aux pialats ronds,
Entrechoquez vos genouillères,
Mes laiderons !

Arthur Rimbaud

Ce poème a quelque chose d'abject qui me fascine. Je crois que c'est même mon préféré de Rimbaud, à qui j'en voulais d'avoir écrit Les réparties de Nina qui, paraît-il, me ressemble. Je ne sais pas pourquoi, en ce moment j'aime les poèmes méchants. Bref, si je pouvait raturer aussi cruellement mes vieux amours flétris, je crois que je serai comblée.

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17 janvier 2006

beuh

Je ne suis moi-même, comme je le disais à C...... en cours, qu'une suicidaire de merde. Même pas foutue de trouver autre chose qu'un rasoir jettable pour me taillader les veines ... effet épluche-légume garanti. C'est pourquoi je dois confesser mon incultitude totale en la matière. Cette citation est donc un clin d'œil à quelques personnes de ma connaissance, avec qui je compatis grandement à présent et que je regrette de ne pouvoir laisser mourir, malgré leurs désirs. Je suis une dictateuse et je ne veux pas que vous soyiez tout mourrus ou pire, que vous vous ratiez ; donc je ne vous laisserai pas faire, désolée :)

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Un plaisir si simple

« Les homosexuels, dit un traité de psychiatrie, se suicident souvent. « Souvent » m'enchante. Imaginons donc de longs garçons, fluets, aux joues trop pâles; incapables de franchir le seuil de l'autre sexe ils ne cessent, leur vie durant, d'entrer dans la mort pour en sortir aussitôt en faisant claquer la porte à grand fracas. Ce qui ne manque pas d'importuner les voisins. A défaut de noces avec le bon sexe, ils se marient avec la mort. L'autre côté à défaut de l'autre sexe. Mais ils sont tout aussi incapables de mourir tout à fait que de vivre vraiment. A ce jeu risible, les homosexuels et le suicide se déconsidèrent l'un l'autre.
Parlons un peu en faveur du suicide. Non pas pour son droit, sur lequel trop de gens ont dit tant de belles choses. Mais contre la mesquine réalité qu'on lui fait. Contre les humiliations, les hypocrisies, les démarches louches auxquelles on le contraint : rassembler à la sauvette des boîtes de cachets, trouver un bon solide rasoir d'autrefois, lécher la vitrine d'un armurier, entrer en essayant de se composer une mine. Alors que je pense qu'on aurait droit, non pas à une considération empressée qui serait plutôt gênante, mais à une attention grave et assez compétente. On devrait pouvoir discuter de la qualité de chaque arme, de ses effets, on aimerait que le vendeur soit expérimenté, souriant, encourageant, mais réservé, point trop bavard qu'il comprenne bien qu'il a affaire à une personne de bonne volonté, mais maladroite, car elle n'a jamais eu l'idée de se servir d'une machine à tirer contre un autre. On aimerait que son zèle ne l'empêche pas de vous conseiller d'autres moyens qui conviendraient peut-être mieux à votre manière d'être, à votre complexion. Ce genre de commerce et d'entretien vaudrait mille fois mieux que la discussion, autour du cadavre, avec les employés des pompes funèbres.
Des gens que nous ne connaissons pas, qui ne nous connaissent pas ont fait en sorte qu’un jour nous nous sommes mis à exister. Ils ont feint de croire et se sont sans doute sincèrement imaginés qu’il nous attendaient. En tout cas, ils ont tout préparé, avec beaucoup de soin et sans doute une solennité un peu empruntée, notre entrée dans le « monde ». Il n’est pas admissible qu’on ne nous permette pas de préparer nous-mêmes avec tout le soin, l’intensité et l’ardeur que nous souhaitons, et les quelques complicités dont nous avons envie, ce quelque chose auquel nous pensons depuis longtemps, dont nous avons formé le projet depuis, un soir d’été peut-être, notre enfance. Il paraît que la vie est fragile dans l’espèce humaine, et la mort certaine. Pourquoi faut-il qu’on nous fasse de cette certitude un hasard, qui prend par son caractère soudain ou inévitable l’allure d’une punition ?
M’agacent un peu les sagesses qui promettent d’apprendre à mourir et les philosophies qui disent comment y penser. Me laisse indifférent ce qui est censé nous y « préparer ». Il faut la préparer, l’arranger, la fabriquer de pièce à pièce, la calculer, au mieux en trouver les ingrédients, imaginer, choisir, prendre conseil, la travailler pour en former une œuvre sans spectateur, qui n’existe que pour moi seul, juste le temps que dure la plus petite seconde de la vie. Ceux qui survivent, je sais bien, ne voient autour du suicide que des traces misérables, de la solitude, de la maladresse, des appels sans réponse. Ils ne peuvent pas ne pas se poser la question du « pourquoi ». Question qui devrait être la seule qu’on ne pose pas à propos du suicide.
« Pourquoi ? Mais tout simplement parce que je l’ai voulu. »C’est vrai que le suicide laisse des marques décourageantes. Mais la faute à qui ? Croyez-vous que ce soit tellement drôle d’avoir à se pendre dans sa cuisine et de tirer une langue toute bleuie ? Ou de s’enfermer dans la salle de bain pour ouvrir le gaz ? Ou de laisser un petit morceau de cervelle sur le trottoir, que les chiens viendront renifler ? Je crois à la spirale du suicide : je suis sûr que tant de gens se sentent déprimés à l’idée de toutes ces mesquineries auxquelles on condamne un candidat au suicide (et je ne parle pas des suicidés eux-mêmes, avec la police, les voitures de pompiers, la concierge, l’autopsie, que sais-je ?) que beaucoup préfèrent se tuer que de continuer à y penser.    
Conseils aux philanthropes. Si vous voulez vraiment que le nombre des suicides diminue, faites en sorte qu'il n'y ait plus que des gens qui se tuent par une volonté réfléchie, tranquille, libérée d'incertitude. Il ne faut pas abandonner le suicide à des gens malheureux qui risquent de le gâcher et d'en faire une misère. De toute façon, il y a beaucoup moins de gens heureux que malheureux.
Il m'a toujours paru étrange qu'on dise : la mort, il n'y a pas à s'en inquiéter puisque entre la vie et le néant, elle n'est en elle-même, en somme, rien. Mais est-ce là le peu qui mérite d'être joué ? En faire quelque chose, et quelque chose de bien.
Nous avons sans doute manqué bien des plaisirs, nous en avons eu des médiocres, nous en avons laissé échapper par distraction ou paresse, manque d'imagination, par défaut d'acharnement aussi nous en avons eu tellement qui étaient tout à fait monotones. On a la chance d'avoir à notre disposition ce moment absolument singulier : de tous il est celui qui mérite le plus qu'on s'en soucie : non point pour s'inquiéter ou pour se rassurer mais pour en faire un plaisir démesuré, dont la préparation patiente, sans répit, sans fatalité non plus, éclairera toute la vie. Le suicide fête, le suicide orgie ne sont que des formules, et il y a d'autres formes plus savantes et plus réfléchies.
Quand je vois les funeral homes dans les rues des villes américaines, je ne m’afflige pas seulement de leur épouvantable banalité, comme si la mort devait éteindre tout effort d’imagination, mais je regrette que ça ne serve qu’à des cadavres et qu’à des familles heureuses d’être encore vivantes. Que n’y a-t-il, pour ceux qui ont peu de moyens, ou qu’une trop longue réflexion a soudain lassés au point d’accepter de s’en remettre à des artifices tout préparés, de ces labyrinthes fantastiques comme les Japonais en ont aménagés pour le sexe et qu’ils appèlent « Love Hotel » ? Mais il est vrai que, sur le suicide, ils s’y connaissent mieux que nous.
S'il vous est donné d'aller au Chantilly de Tokyo, vous comprendrez ce que j'ai voulu dire. On y pressent la possibilité des lieux sans géographie ni calendrier où on entrerait pour y chercher, au milieu des décors les plus absurdes avec des partenaires sans nom, des occasions de mourir libres de toute identité : on y aurait un temps indéterminé, des secondes, des semaines, des mois peut-être, jusqu'à ce que se présente avec une évidence impérieuse l'occasion dont on reconnaîtrait aussitôt qu'on ne peut la manquer : elle aurait la forme sans forme du plaisir, absolument simple. »

Michel Foucault, Un Plaisir si simple, Le Gai Pied, n°1, 1er avril 1979


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10 janvier 2006

Le dernier chapitre

g1400803Michael, lui, garda la foi un peu longtemps, même si les autres se moquaient de lui. Il était en compagnie de Wendy lorsque Peter vint la trouver à la fin de la première année. Elle s’envola avec Peter dans la robe même qu’elle s’était tissée de feuilles et de baies au Pays de Nulle Part, et sa seule crainte était qu’il remarquât combien elle avait raccourci. Mais il ne s’aperçut de rien ; il avait trop de choses à raconter.
Elle espérait qu’ils évoqueraient ensemble leurs souvenirs, mais de nouvelles aventures avaient chassé les anciennes de l’esprit de Pete.
— Qui est le capitaine Crochet, demanda-t-il avec intérêt lorsqu’elle lui parla de leur grand ennemi ?
— Tu ne te rappelles pas, dit-elle, stupéfaite, comment tu l’as tué et nous a sauvé la vie ?
— Je les ai tous oublié après les avoir tués, répondit-il avec insouciance.
Comme elle exprimait l’espoir incertain que Tinn-Tamm serait peut-être heureuse de la voir, il demanda :
— Qui est Tinn-Tamm ?
— Oh, Peter, répliqua-t-elle, choquée.
En dépit des explications de Wendy, il fut, encore une fois, incapable de se souvenir :
— Il y a tellement de fées, dit-il. C’est bien possible qu’elle n’existe plus.
Peut-être avait-il raison, car les fées ne vivent pas longtemps ; mais elles sont si petites qu’un court laps de temps leur semble très long.
Wendy découvrit avec tristesse que Peter ne faisais pas de différence entre l’année écoulée et la journée de la veille ; l’attente, lui avait, à elle, parut si longue ! Mais il était toujours aussi captivant et tout deux passèrent une délicieuse semaine de nettoyage de printemps dans la petite cabane au sommet des arbres.
L’année suivante, Peter ne vint pas. Elle l’attendit dans une nouvelle robe, car elle ne pouvait tout bonnement plus mettre l’ancienne, mais il resta invisible.
— Il est peut-être malade, suggéra Michael.
— Tu sais bien qu’il n’est jamais malade.
Michael vint vers elle et lui chuchota à l’oreille en frissonnant :
—Peut-être qu’il n’existe pas, Wendy !
Et Wendy aurait fondu en larmes si Michael n’avait pas déjà été en train de pleurer.
Peter réapparut pour le nettoyage de printemps suivant ; et, fait étrange, il n’eut pas un instant conscience d’avoir manqué une année.
Ce fut la dernière fois que le vit Wendy petite fille. Durant quelques temps, elle s’efforça de ne pas trop souffrir à cause de lui et se considéra comme infidèle lorsqu’elle remporta le prix d’excellence de sa classe. Puis les années passèrent sans jamais ramener le volage Peter.

***

Lorsqu’ils se revirent, Wendy était mariée et Peter n’était plus pour elle qu’un petit tas de poussière dans le coffre où elle rangeait jadis ses jouets. Wendy était devenue une adulte. Ne la plaignez pas pour autant car elle appartenait à la race de celles qui ne demandent pas mieux que de grandir. Et, vieillissant de son plein gré, elle parvint à la condition de femme bien avant les autres filles de son âge.
De leur côté, tous les garçons étaient devenus des hommes faits et rangés ; il n’y a donc pas grand-chose à en dire. On peut voir n’importe quand les Jumeaux ou Lebec et Frison se rendre à leur bureau, portant chacun une serviette en cuir et un parapluie. Michael est mécanicien de locomotive, Flocon est mariée à une demoiselle titrée : et il est du coup devenu lord. Voyez-vous ce juge en perruque franchissant le portail de fer ? Il avait autrefois pour nom Laflûte. Et ce barbu incapable de raconter la moindre histoire à ses enfants s’appelait John dans sa jeunesse.
Wendy s’est mariée en robe blanche avec une ceinture rose. Il est étrange de penser que Peter n’a pas fait irruption dans l’église pour venir troubler la cérémonie.
Le années se sont écoulées et Wendy a eu une fille. Cela devrait s’écrire non à l’encre ordinaire mais en lettres d’or. On la baptisa Jane et elle eut toujours un regard curieusement inquisiteur, comme si dès son arrivée sur terre, mille questions lui trottaient dans la tête ; et lorsqu’elle fut assez grande pour les poser, la plupart concernaient Peter Pan. Elle adorait entendre parler de Peter et Wendy lui racontait tout ce dont elle pouvait se souvenir dans cette même nursery ou avait eu lieu l’envol légendaire. C’était maintenant la nursery de Jane car son père l’avait achetée au taux de trois pour cent à celui de Wendy qui n’a plus le moindre goût à monter les escaliers. Mme Darling, elle, est depuis longtemps morte est oubliée.

***

Il n’y a plus maintenant que deux lits dans la nursery, celui de Jane est celui de sa nurse, et il n’y a plus de niche car Nana est depuis longtemps passée de vie à trépas. Elle est morte de vieillesse et à la fin, elle était devenue insupportable à force de prétendre qu’elle seule était capable de s’occuper des enfants.
Une fois par semaine, la nurse de Jane avait sa soirée libre ; et c’était alors au tour de Wendy de mettre Jane au lit. Le moment était venu de raconter des histoires. C’est Jane qui a inventé de soulever son drap et d’en faire une tente par-dessus la tête de sa mère et la sienne ; après quoi, dans l’inquiétante pénombre, elle lui chuchote :
— Qu’est ce qu’on voit maintenant ?
— Je crois qu’on ne voit rien ce soir, répond Wendy, avec le sentiment que si Nana était là, elle s’opposerait formellement à la poursuite d’une telle conversation.
— Mais si, tu vois, réplique Jane, tu vois quand tu étais petite fille.
— Il y a si longtemps de cela, mon ange, dit Wendy. Mon dieu, comme les années s’envolent vite.
—Est-ce qu’elle s’envolent, demande l’enfant, fine mouche, comme tu volais quand tu étais petite fille ?
— Comme je volais ! Figure-toi, Jane, quelquefois je me demande si j’ai vraiment volé.
— Mais oui tu a volé.
— Ah ! Quel temps merveilleux quand j’en étais capable !
— Pourquoi tu ne peux plus voler aujourd’hui, maman ?
— Parce que je suis une grande personne, mon ange. Quand les gens deviennent grands, ils oublient comment on s’y prend.
— Pourquoi ils oublient ?
— Parce qu’ils ne sont plus gais, innocents et sans cœur. Seuls les gais, innocents et sans cœur savent voler.
— C’est qui, les gais, innocents et sans cœur ? Je voudrai bien, moi, être gaie innocente et sans cœur…
Ou alors Wendy admet qu’elle a vu quelque chose :
— Je crois, dit-elle, que c’est dans la nursery.
— Je le crois aussi, dit Jane. Continue.
Les voilà maintenant embarquées dans la grande aventure de la nuit où Peter arriva en volant à la recherche de son ombre.
— Le jeune sot, dit Wendy, voulait la recoller avec du savon et, comme il n’y arrivait pas, il s’est mis à pleurer ; cela m’a réveillée et je la lui ai recousue.
— Tu as oublié un passage, l’interrompt Jane, qui connaît maintenant mieux l’histoire que sa mère. Quand tu l’as vu assis par terre en train de pleurer, qu’est-ce que tu as dit ?
— Je me suis assise sur mon lit et je lui ai demandé : « Mon petit garçon, pourquoi pleures-tu ? »
— Oui, oui, c’est ça, approuve Jane avec un grand soupir d’aise.
— Et alors il nous a apprit à voler et nous a tous emmenés au Pays de Nulle Part, avec les fées, les pirates, les Peaux-Rouges, le lagon des Sirènes, la maison souterraine et la petite cabane.
— Oh oui ! Et qu’est-ce que tu as aimé le mieux ?
— Je crois que ce que j’ai préféré, c’était la maison souterraine.
— Oui, moi aussi. Et la dernière chose que t’as dite Peter, c’était quoi ?
— La dernière chose qu’il m’a dite, c’est : « Ne cesse jamais de m’attendre et une nuit tu m’entendras chanter. »
— Oui.
— Mais hélas, il m’a oubliée, reprit Wendy avec un sourire — elle était vraiment devenue une grande personne.
— Et comment il chantait, Peter ? lui demanda Jane un soir.
— C’était un peu comme ça, répondit Wendy en essayant d’imiter le hurlement joyeux de Peter.
— Non, pas comme ça, dit gravement Jane, c’était comme ça.
Et elle reproduisit son appel infiniment mieux que sa mère. Wendy resta interdite.
— Mais, ma chérie, comment peux-tu savoir ?
— Je l’entend souvent, quand je dors, dit Jane.
— Ah oui, bien des filles l’entendent quand elles dorment, mais je suis la seule à l’avoir entendur éveillée.
— Tu en as de la chance, dit Jane.

***

Et puis une nuit survint la tragédie. C’était au printemps ; l’histoire avait été racontée pour la nuit et Jane dormait maintenant dans son lit. Wendy était assise par terre, tout près du feu, pour mieux voir son ouvrage car il n’y avait pas d’autre lumière dans la nursery. Et tandis qu’elle était là à travailler, elle entendit un étrange hurlement. Puis la fenêtre s’ouvrit à la volée comme l’autre fois et Peter se posa sur le sol.
Il n’avait pas changé le moins du monde et Wendy vit qu’il avait toujours ses dents de lait.
C’était encore un petit garçon et elle était une femme faite. Accroupie près du feu, elle n’osait pas bouger ; elle se sentait à la fois désarmée et coupable : une grande personne.
— Bonjour, Wendy, dit-il, sans remarquer la différence, car il ne pensait guère qu’à lui-même et, à la lumière incertaine du feu, sa robe blanche pouvait passer pour la chemise de nuit dans laquelle il l’avait vue pour la dernière fois.
— Bonjour, Peter, répondit-elle faiblement, se faisant aussi petite que possible.
Une voix au fond d’elle-même lui criait : « Femme, femme, laisse-moi aller … »
— Bonjour. Où est John ? demanda-t-il découvrant soudain l’absence du troisième lit.
— John n’est plus ici, dit-elle, le souffle court.
— Et Michael, il dort ? demanda-t-il avec un coup d’œil distrait vers Jane.
— Oui, répondit-elle.
Et elle se sentit aussi coupable à l’égard de Jane qu’à l’égard de Peter.
— Ce n’est pas Michael, dit-elle vivement, de peur de s’attirer le châtiment du ciel.
Peter se pencha sur le lit :
— C’est qui ? Un nouvel enfant ?
— Oui.
— Garçon ou fille ?
— Fille.
Cette fois, il allait sûrement comprendre ; mais non, la vérité ne l’effleurait même pas.
— Peter, balbutia-t-elle, tu penses que je vais m’envoler avec toi ?
— Bien sûr, c’est pour ça que je suis venu.
Puis il ajouta d’un ton un peu sec :
— Tu as oublié que c’était l’époque du nettoyage de printemps ?
Elle savait qu’il était inutile de lui expliquer que bien des époques de nettoyage de printemps s’étaient écoulées.
— Je ne peux pas venir, dit-elle, contrite. Je ne sais plus voler.
— Je te donnerai des leçons, ça reviendra vite.
— Oh, Peter, ne gaspille pas de poussière de fées pour moi.
Elle s’était levée et, pour la première fois, la crainte étreignit Peter.
— Qu’est-ce qui est arrivé ? s’écria-t-il.
— Je vais allumer, dit-elle, et tu te rendras compte toi-même.
Pour l’unique fois de sa vie, à ma connaissance, Peter eut peur.
— Non, n’allume pas ! s’écria-t-il.
Elle laissa ses doigts errer dans les cheveux du malheureux enfant. Elle n’était plus une petite fille au cœur ; elle était un mère de famille souriante, mais au sourire brillant de larmes.
Alors, elle alluma la lumière et Peter, la voyant, poussa un cri de douleur ; et lorsque que la grande et belle créature se pencha sur lui pour le prendre dans ses bras, il eut un violent mouvement de recul.
— Mais qu’est-ce qui est arrivé ? répéta-t-il.
— Je suis vieille Peter. J’ai bien plus de vingt ans. Il y a longtemps que j’ai cessé de grandir.
— Tu m’avais pourtant promis…
— Je n’y pouvais rien. Je suis une femme mariée, Peter.
— Non, c’est pas vrai !
— Si, et la petite fille que tu vois dans mon lit ce lit est la mienne.
— Non !
Mais il se dit qu’en effet, c’était la fille de Wendy ; et il fit un pas vers l’enfant endormi, le poignard levé. Naturellement, il ne la frappa pas. Tout au contraire, il s’effondra sur le sol et se mit à sangloter. Wendy ne savait comment le consoler, elle qui, jadis, y parvenait si aisément. Elle n’était plus maintenant qu’une femme comme les autres et elle se précipita hors de la pièce pour réfléchir.
Peter continua à pleurer et bientôt ses sanglots éveillèrent Jane. Elle se mit sur son séant et parut très intéressée.
— Mon petit garçon, pourquoi pleures-tu ? demanda-t-elle.
Peter se releva et lui fit une révérence qu’elle lui rendit de son lit.
— Bonjour, dit-il.
— Bonjour, dit Jane.
— Je m’appelle Peter Pan.
— Oui, je sais.
— Je suis venu chercher ma mère, expliqua-t-il, pour l’emmener au Pays de Nulle Part.
— Oui, je sais, dit Jane. Je t’attendais.
Lorsque Wendy revint, pétrie de timidité, elle trouva Peter perché sur le montant du lit et poussant son hurlement triomphal, tandis que Jane en chemise de nuit voletait autour de la pièce, perdue dans une extase solennelle.
— C’est ma mère, expliqua Peter.
Jane redescendit et vint se placer près de lui avec cette expression sur le visage que Peter aimait tant découvrir sur les traits des femme qui le regardaient.
— Il a tellement besoin d’une mère, dit Jane.
— Oui, je sais, reconnut Wendy, mélancolique. Personne ne le sait aussi bien que moi.
— Au revoir, dit Peter à Wendy.
Et il s’éleva en l’air tandis que Jane, dénuée de toute honte, en faisait autant. C’était déjà pour elle le mode de déplacement le plus facile.
Wendy se précipita vers la fenêtre ;
— Non, non ! cria-t-elle.
— C’est juste pour le nettoyage de printemps, dit Jane. Il veut que je fasse toujours son nettoyage de printemps.
— Si seulement je pouvais venir avec vous, soupira Wendy.
— Tu vois bien que tu ne sais plus voler, dit Jane.
Wendy finit, bien sûr, par les laisser s’envoler ensemble.
Telle est la dernière vision de Wendy qu’il nous reste : penchée à la fenêtre, elle suit des yeux les enfants qui s’éloignent dans les profondeurs du ciel, jusqu’à ce qu’ils se confondent avec les étoiles.
Si vous regardez bien Wendy, vous pouvez voir que sa chevelure à commencé à blanchir et sa silhouette à s’amenuiser, car tout cela se passait il y a bien longtemps. Jane est devenue une adulte comme les autres avec une fille nommée Margaret ; et chaque fois que revient le temps du nettoyage de printemps, excepté lorsqu’il oublie, Peter vient chercher Margaret et l’emmène au Pays de Nulle Part où elle lui raconte des histoires sur lui-même qu’il écoute avec avidité. Lorsque Margaret aura grandi, elle aura une fille qui deviendra ainsi à son tour la mère de Peter et ainsi se suivront les générations tant que les enfants seront gais, innocents et sans cœur.

THE END

James Mattew Barrie—Peter Pan traduit de l'anglais par Henri Robillot

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La beauté sera CONVULSIVE ou ne sera pas

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J’ai pris, du premier au dernier jour, Nadja pour un génie libre, quelque chose comme un de ces esprits de l’air que certaines pratiques de magie permettent momentanément de s’attacher, mais qu il ne saurait être question de se soumettre… J’ai vu ses yeux de fougère s’ouvrir le matin sur le monde ou les battements d’air de l’espoir immense se distinguent à peine des autres bruits qui sont ceux de la terreur et, sur ce monde, je n’avais vu encore que des yeux se fermer.

André Breton-Nadja

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L'Éternel Retour du Même

Que dirais-tu si un jour, si une nuit, un démon se glissait jusque dans ta solitude la plus reculée et te dise : « Cette vie, telle que tu la vis maintenant et que tu l'as vécue, tu devras la vivre encore une fois et d'innombrables fois ; et il n'y aura rien de nouveau en elle si ce n'est que chaque douleur et chaque plaisir, chaque pensée et chaque gémissement, et tout ce qu'il y a d'indiciblement petit et grand dans ta vie, devront revenir pour toi et le tout dans le même ordre et la même succession - cette araignée-là également, et ce clair de lune entre les arbres, et cet instant-ci et moi-même. L'éternel sablier de l'existence ne cesse d'être renversé à nouveau - et toi avec lui ô grain de poussière de la poussière ! »

Ne te jetterais-tu pas sur le sol, grinçant des dents et maudissant le démon qui te parlerait de la sorte ? Ou bien te serait-il arrivé de vivre un instant formidable où tu aurais pu lui répondre : « Tu es un Dieu et jamais je n'entendis choses plus divines ! » Si cette pensée exerçait sur toi son empire, elle te transformerait, faisant de toi, tel que tu es, un autre, te broyant peut-être : la question posée à propos de tout et de chaque chose : « Voudrais-tu ceci encore une fois et d'innombrables fois ? » pèserait comme le poids le plus lourd sur ton agir ! Ou bien ne te faudrait-il pas témoigner de bienveillance envers toi-même, et la vie, pour ne désirer plus rien que cette dernière, éternelle confirmation, cette dernière éternelle sanction ?

Nietzsche, Le Gai Savoir, livre IV, § 341, traduit de l'allemand par Pierre Klossowski.

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